Autour de la Légende des Samouraïs


 
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 Les yakuzas : l'article de Yza Zaz

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Lélé
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MessageSujet: Les yakuzas : l'article de Yza Zaz   Mar 23 Mai - 18:36

voici l'article de Zaz sur les Yakuzas 1ère partie


Le yakuza: descendant ou héritier des samouraï ?

Point de vue extérieur au groupe

Yakuza : Désignation générique des organisations criminelles organisées du Japon. Les Yakuza se subdivisent en quatre syndicats majeurs, qui opèrent au Japon, mais aussi dans toute la zone Pacifique, l’Allemagne et les USA.


Le mot signifie 8 (YA)-9 (KU)-3 (SA). C'est l'interface japonais du Black Jack, Oicho-Kabu. La différence la plus notable entre les deux cartes à jouer, c'est que dans l'Oicho-Kabu, le compte doit faire 19 et non pas 21 : et comme la somme que font 8 + 9 + 3 = 20, cela ne vaut rien ! C'est de là que vient le nom de Yakusa/Yakuza, « ceux qui ne signifient rien, qui ne valent rien pour la société, des asociaux ».

Il faudrait remonter à 1612 pour marquer leur origine, quand des hommes connus comme Kabuki-mono, des fous, furent reconnus par les autorités locales.

-Cf : meutes braillardes, bariolées et sanguinaires qui pillaient sans vergogne les villages même les plus pauvres, et qui arboraient des tenues et des masques effrayants pour semer la terreur chez leurs victimes. Le tatouage, de préférence bien glauque, étant devenu rapidement partie intégrante de leur "uniforme". Animeland-

Leur étrange accoutrement, leur remarquable coupe de cheveux en même temps que leur mauvaise conduite et leur façon de parler attirèrent de plus en plus l'attention. Les Kabuki mono avaient la triste habitude d'harasser et de terroriser leur entourage, jusqu'au meurtre par plaisir. Il se distinguaient des Samourai, par le nom qu'ils donnaient à leurs bandes et par leur fort accent argotique. En revanche ils cultivaient un loyalisme mutuel, se protégeant réciproquement même au détriment de leur propre famille.

En fait, il apparaît que les Kabuki-mono étaient au début des Samouraï shogunaux, que la paix qui durait avait réduits au chômage. Ils étaient connus pour être des hatamoto-yakko (serviteurs du shogun)Les Rônins sont des Samouraï sans maître, beaucoup d'entre eux se mirent à parcourir le Japon en bandes de brigands, pillants villages et bourgades. (Le dernier film de Takeshi Kitano, Zatoichi, expose bien cette situation des rônins). Les Yakusa quant à eux ne se considèrent pas comme les descendants des Kabuki-mono, ils se voient plutôt comme les héritiers des Machi-Yakko, prévôts urbains, qui au contraire défendaient villages et villes contre la rage des Kabuki-mono.

-Cf : villageois organisés en espèces de milices sous équipées et pas trop entraînées pour se défendre des kabuki-mono. Animeland-

Ils exerçaient les métiers de gardiens, aubergistes, guerriers errants et rônins. Ces Machi-Yakko étaient de très habiles joueurs, ce qui les rendaient très liés entre eux, et à leur chef, comme les Yakuza d'aujourd'hui. On a écrit de fort belles histoires sur leur compte !

Le Yakuza actuel n'apparut qu'au milieu du XVIIe siècle : leurs membres étaient les Bakuto, joueurs,(ceux qui contrôlaient les jeux de hasard), les Tekiya, vendeurs ambulants,(de petits commerçants ambulants organisés pour résister à la dictature des Togukawa), et les gurentai (des truands), désignations toujours utilisées aujourd'hui encore, mais avec d'autres subdivisions, que nous verrons plus bas. Presque tous les Yakuza présentent les mêmes caractéristiques d'origine : pauvreté, crime, asocialité. Les Yakuza leur servirent de famille : ils y trouvaient aide, attention et une certaine sécurité

Point de vue des yakuza
Les Yakuza voient aujourd'hui dans les Machi-Yakko leurs glorieux ancêtres ; ils se considèrent eux-même comme étant des Machi-Yakko, comme des sauveurs et secouristes des gens. Mais, comme le souligne le magazine Animeland : « leurs méthodes, leurs tatouages et leurs codes sont plus à associer à ceux en vigueur chez les Kabuki-Mono dont il semble plus réaliste qu'ils furent les véritables instigateurs de ces sociétés souterraines, en noyautant les milices citadines en vue d'une reconversion moins dangereuse. Mais ça il ne faut pas leur dire trop fort. »

Comparaison avec les autres ‘corps de métier’ d’origine guerrière

Ce « corps de métier », d'essence militaire, traite finalement le corps de ses « soldats » perdus, en fonction d'une cohérence et d'une dynamique, sur le schéma structurel du renoncement à son propre corps et partant à sa vie et se différencie des autres ‘corps de métier’ (ceux du samouraï et du kamikaze) par la destination de ce renoncement :
• Mettre son corps et sa vie dans la volonté du Shogun ; pour le samouraï,
• Considérer son corps et sa vie comme monnaie d'échange entre les mains de l'Oyabun ; pour le yakuza,
• Offrir son corps et sa vie en sacrifice pour sauver l'empereur et la patrie ; pôur le kamikaze.

Ainsi, le corollaire est incontournable :
• Sans emploi du Shogun, les Samourai étaient condamnés à l'errance (voir Zatoichi, de Takesho Kitano) ;
• Sans adoption par l'Oyabun, la Yakuza n'est qu'un truand free lance sans aucune protection « familiale » ;
• Sans divinisation de l'Empereur, le kamikaze n'a plus de raison de vivre c'est-à-dire de mourir pour le fils des Kami.

Cette structuration se retrouve d'ailleurs de façon « triviale » dans la hiérachie des « salary men » des Keretsu, ces cartels qui ont ressuscité le Japon économique, après les destructions atomiques ;
• Le Samourai fait abnégation de son corps et épouse la cause du Shogun ;
• Le Yakuza, au sens propre, « paye de sa personne » (amputations physiques diverses) ;
• Le Kamikaze fait l'offrande de son corps à l'Empereur, Dieu sur terre, comme un offrande sur les autels Shinto.

Des familles organisées et des ‘free-lance’

On remarque deux types de Yakuza : le clan et les free lance. Le second groupe ne commet pas de crimes importants, il constitue les bandits de rue. Ils ont quelque difficulté à survivre et à éviter la prison, car le clan ne tolère aucune intrusion dans son territoire : cependant il informait la police sur les crimes que les free lance n'ont pas commis. Pourtant, si un free lance gagne trop d'argent, le clan le fait disparaître. D'autre part le clan peut utiliser des free lance, sous forme de délégation ou de sous-traitance, ou bien carrément comme bouc émissaire ! Si un free lance est vraiment « bon », il peut fonder son propre clan : c'est souvent le cas, à moins d'être abattu lui-même, bien sûr !

Le clan, lui, peut être comparé à la mafia sicilienne, la « famille », ikka,_qui n’est pas la famille de sang_ structuré comme une famille ordinaire du Japon traditionnel, avec une structure hiérarchique. Le chef est appelé Oyabun, qui veut dire Père. Il détient l'autorité suprême sur ses subordonnés (kobun) ou enfants (wakashu). Autour de lui, les enfants, Wakashu, et les frères, Kyodaï, tout dépend de leur position dans le clan. Tous doivent obéissance à l'Oyabun, qui en retour, leur doit protection. L'Oyabun est tout-puissant et sa parole a force de loi. On lui obéit dans discussion, même au péril de sa vie. À ses côtés, l'Oyabun a un conseiller, le Saïko-Komon, qui dirige un état-major comprenant un staff d'avocats, de comptables et secrétaires et de aides divers. Saïko-Komon fait corps avec ses propres gangs.

Les Wakashu, les enfants, ont pour chef un Waka-gashira : c'est le numéro deux du clan, après l'Oyabun, non pas en rang, mais en autorité. Son rôle, c'est de faire exécuter les ordres de l'Oyabun, et d'en contrôler l'exécution. il constitue le primus inter paris sous les ordres directs de l'oyabun et est flanqué de shatei-gashira de même rang, mais inférieurs en autorité.

Les enfants peuvent très bien diriger un gang eux-mêmes, même en alternance, avec d'autres enfants. Cela une ramification de sous-familles. Les frères, Kyodaï, ont pour chef un Shateï-Gashira, d'un rang plus élevé que le Waka-Gashira des enfants, mais sans plus d'autorité que lui. Les Kyodaï ont leur propres enfants ou « jeunes frères », les Shateï, qui eux-mêmes peuvent avoir leurs propres gangs, etc. Chacun obéit à son propre chef de gang, mais c'est toujours la parole de l'Oyabun qui compte en définitive.

Le niveau intermédiaire est constitué des " frères " (kyodaï) et le niveau inférieur de la hiérarchie, par les " petits frères " (shateï).

Les yakusa ont développé une étiquette stricte, qui définit la forme des rapports entre les membres d'une famille. De même, certaines traditions comme le tatouage ou l'auto-mutilation des phalanges en cas de " faute " (yubitsume) sont issus de la tradition des bakuto.

Si un membre yakuza déplaît ou déçoit sévèrement son patron, le châtiment requis est souvent le Yubitsume qui consiste à se couper une phalange et à l'envoyer à son chef en implorant son pardon. Il peut aussi être fait pour épargner l'un ses " enfants ".Une première offense conduira à se couper la première jointure de l’auriculaire. Une seconde offense exigera la coupure de la seconde jointure de cet auriculaire, et offenses additionnelles devraient exiger de passer au doigt suivant. Un homme sait qu’il doit commettre le Yubitsume quand son supérieur immédiat lui donne un couteau et une corde pour étancher le sang. Les mots ne sont pas nécessaires. L’origine de cette pratique date de l’époque des samouraï. Oter une partie de l’auriculaire affaiblit la main pour tenir l’épée. Quand un katana est correctement empogné, le petit doigt est le doigt le plus fort. L’annulaire est le second plus fort, le majeur est le troisième plus fort, et l’index ne fait pratiquement rien. Avec une main endommagée, l’épéiste ou homme d’épée devient plus dépendant de son maître pour sa protection. Aujourd’hui ce rituel de mutilation est entièrement symbolique, mais il sert à faire le point avec un kobun coupable, et il montre que le yakuza, comme ses homologues de la Mafia, s’en tient au vieux proverbe : « garde tes amis proches et davantage tes ennemis ».
• Les principales familles yakuza sont:
• Yamaguchi-gumi (750 clans et 23 000 membres)
• Sumiyoshi-rengo (177 clans et 7 000 membres)
• Inagawa-kaï (313 clans et 6 700 membres)
• Tao Yuai Jigyo Kummiai (6 clans et 800 membres)
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MessageSujet: Re: Les yakuzas : l'article de Yza Zaz   Mar 23 Mai - 18:37

2ème partie

Quels ‘critères de recrutement’?
Pour les Yakuza peu importe d'où vous venez, pays ou classe sociale, ils se chargent des asociaux ! Ce peut être des jeunes abandonnés par leurs parents, incapables de suivre à l'école, réfugiés de Corée ou de Chine. Leur boss immédiat devient leur père et leurs camarades des frères. On y reçoit compagnonnage, mais aussi argent, statut, autorité. Vous devenez quelqu'un d'utile et de nécessaire à d'autres, à l'image des gangs des banlieues américaines.

Pas de droits de seuil ni de pré requis pour devenir membre, mais une fois admis, il faut obéir aux supérieurs. Le Yakuza se considère lui-même, comme Machi-Yakko, comme un sauveur et secouriste des gens. Bien avant la création au Japon des tribunaux du travail, il y avait déjà les Yakuza. Si votre chef de clan ne pouvait ou ne voulait pas vous soutenir dans un conflit, vous aviez toujours le recours aux Yakuza. Ils résolvaient votre problème contre une certaine somme. C'est toujours le cas aujourd'hui. La seule différence, c'est le degré de brutalité : la police le serait moins !

Les yakuza ont été récemment forcés d’abaisser leurs standards de recrutement des nouveaux membres, tout comme la Mafia. Il en a résulté qu’ils ne sont plus aussi organisés ni puissants qu’avant. Nous savons qu’ils proviendraient des classes des Bakuto, des Tekiya, ou encore des Gurentai. Mais aujourd’hui, un esprit rebelle et la sauvagerie de commettre un crime pour un oyabun est devenu tout ce qui est nécessaire pour rejoindre les rangs des yakuza. Beaucoup de nouveaux membres viennent donc souvent des bosozuku, ces jeunes désabusés aux cursus scolaires chaotiques qui traînent dans les rues avec des coupes de cheveux de type punk et qui sont connus pour leur amour des motos.

Cette baisse des standards a conduit le Bureau de la Police Nationale Japonaise à adopter le terme de boryokudan (ceux qui sont violents) pour les yakuza, les considérant en bloc avec d’autres groupes criminels. Le yakuza qui chérit ses liens ancestraux avec les samouraï rejette de terme et le considère comme une insulte.

Les yakuza et le tatouage
Influencé par la culture chinoise qui considérait les tatouages comme des signes de barbarie, les dirigeants japonais, qui adoptaient beaucoup de la culture chinoise, désavouèrent le tatouage officiellement dés le 7ème siècle. Ils devinrent des tatouages pénaux (tatouages de punition au lieu de peines de mort par exemple, réservé seulement aux grands criminels ; les tatoués étaient bannis de leur famille et ne pouvaient plus avoir de vie sociale.) jusqu’au 17ème siècle où ils furent remplacés par d’autres punitions. A cette époque, le tatouage devint décoratif et populaire.
En dépit des efforts du gouvernement Impérial Meiji pour essayer de le supprimer, dans son effort pour adopter les civilisations de l’ouest, le tatouage continua de fleurir parmi les pompiers, porteurs de palanquins et autres métiers populaires. Il était particulièrement apprécié par les gangs de joueurs (jeux d’argent) appelés yakusa. Les membres de ces gangs étaient recrutés parmi les bas-fonds, les hors-la-loi. Bien que les yakuza fussent engagés dans des activités illégales et semi-illégales, ils adhéraient à un code strict de l’honneur qui prohibait tout crime contre le peuple.

Comme les samouraïs, ils avaient la fierté de pouvoir endurer la douleur et la privation, et quand la loyauté le demandait, ils étaient prêts à se sacrifier pour protéger leur gang.

Les yakuza exprimèrent cet idéal par le tatouage, car celui-ci est douloureux, preuve de courage, et il est permanent. En outre, le tatouage était l’évidence de l’appartenance au gang et, parce qu’il était illégal, faisait d’eux des hors-la-loi à jamais.

Clairement dit, les motivations de se faire tatouer quand on est Yakuza, sont d'ordre spécifique :
• Rite d'initiation pour entrer dans cet « ordre » ;
• Preuve de persévérance et de virilité (à travers ce processus douloureux ! ) ;
• L'irréversibilté de cet engagement dans le monde Yakuza ;
• Le port sur son propre corps (et avec orgueil) de la marque de l'ordre. Être prêt à montrer le signe de son appartenance ;
• On peut y ajouter (Joy Hendry) l'idée de renforcer son apparence psychologique et/ou spirirituelle : un engagement à vie.

De même l'Irezumi (l’Irezumi désignant plus spécifiquement les motifs traditionnels de taille importante et recouvrant une large partie du corps alors que le terme Horimono, de moins en moins utilisé, désigne lui l'ensemble des styles) des Yakuza d'aujourd'hui peut être considéré comme une peau de brocart, un Kimono de chair et de sang, une oeuvre vivante en mouvement, un pagne comme le Fundoshi des Samouraï : une gravure sur chair.

Le tatouage est d'usage chez les Yakuza, habituellement sur tout le corps. L'origine remonte aux Bakuto, qui se tatouaient d'un cercle noir au bras pour chaque « exploit ». Ce fut considéré comme une preuve de force, car il faut 100 heures pour réaliser un tatouage noir ! Le tatouage signifia aussi vite la volonté déterminée de ne s'adapter à aucune règle ou norme de la société. Actuellement, il est une marque d'appartenance à tel ou tel gang.

Son évolution dans le temps
Quand le Japon entra dans l'ère de l'industrialisation, les Yakuza ne se montrèrent pas pires que la société qui naissait. Ils commencèrent par recruter dans la construction et les docks, ainsi qu'à contrôler le transport des rick shaw. Le jeu fut laissé de côté, tant que les forces de police se montrèrent intraitables avec les gangs Bakuto. Les Tekiya, au contraire, prospérèrent et se développèrent puisque leurs activités n'étaient pas illégales, du moins en surface. Les Yakuza s'intéressèrent bientôt à la politique et commencèrent à nouer des sympathies avec certains hommes politiques et officiels : se mettant même à coopérer avec les autorités, pour obtenir certains avantages dont celui ne plus être inquiétés.
Le Japon n'introduisit le suffrage universel qu'en 1925. Puis furent fondés les partis communiste et socialiste. Le prince Régent ne devint empereur qu'en 1926. Autour de lui gravitaient des militaires et des officiels à qui ne convenait pas le régime démocratique. La dépression économique de la fin des années 1920 souleva un doute contre le libéralisme du monde occidental, différentes organisations en profitèrent pour entraîner leurs membres à l'art militaire, au meurtre, au chantage... L'ultranationalisme dura jusqu'à la fin des années 1930. On assassina deux premiers ministres et deux ministres des finances, et on attaqua plusieurs hommes politiques et industriels. Les Yakuza aidèrent en force et en membres, pour aider et former ces organisations souterraines. Ce type de Yakuza furent appelées Unyoke, la droite politique.

Après la deuxième Guerre Mondiale, l'occupation américaine tint les Yakuza pour la plus grande menace. On s'intéressa donc à leurs activités. En 1948, les Américains rationnèrent l'alimentation, ce qui eut pour effet de faire fleurir le marché noir, et d'enrichir des gangs de plus en plus puissants. C'est à cette époque que prospéra une nouvelle famille de Yakuza, les Gurentaï, les bandits des rues. Se développèrent le vol et le commerce du marché noir de l'alimentation et de l'alcool. On peut les comparer ici avec la mafia US et Al Capone. Les Yakuza commencèrent à subir l'influence des films de gangsters américains, s'habillant de noir avec chemise blanche, lunettes noires et coupes de cheveux à crans. Ils devinrent plus durs et plus violents. Finis les sabres, place aux revolvers. Finis les jeux et le gardiennage, place à la violence généralisée sur toute la population.

Entre 1958 et 1963 le nombre des Yakuza augmenta de 150% jusqu'au chiffre de 184 000, plus que l'ensemble de l'armée japonaise. Actuellement, ils sont redescendus à 90 000 répartis dans quelques 5200 gangs. Les ajustements territoriaux entre gangs conduiront à des affrontements similaires à ceux des années 20 aux USA à l'origine desquels se trouva Yoshio Kadama : un véritable équivalent d'Al Capone.

A noter que lorsque leur pays a besoin d’aide comme ce fut la cas lors du tremblement de terre de Kobe à la fin du vingtième siècle, les yakuza n’hésitent pas à puiser dans leurs propres ressources pour aider la population : ainsi, ce furent eux qui portèrent secours (gîtes, nourriture, soins etc.) à ceux que le séisme avait si durement touché.

Leurs activités
Les yakuza ont des activités dans des domaines divers, principalement l’extorsion aux personnes, le jeu, la contrebande, l’usure (délit commis par celui qui prête de l’argent à un taux d’intérêts excessif), le blanchissage d’argent, la drogue, les biens fonciers, les sports, les loisirs, les manipulations boursières, les escroqueries aux touristes, les tourisme sexuel, la prostitution, l’esclavagisme, la pornographie et la contrebande d’armes.

Les entreprises relatives au sexe sont le pain et le beurre des yakuza qui pourvoient à la satisfaction du côté sauvage des Japonais surmenés, employés conformistes. Ils font venir d’Europe et des USA des films et magazines pornographiques, contrôlent la prostitution dans tout le pays, cherchent ces ‘travailleuses du comfort’ dans des pays tels que la Chine (la politique de l’enfant unique alliée à la préférence culturelle pour les garçons, les chinois vendent les filles non-désirées) ou les Philippines (où ils promettent un emploi respectable et un bon salaire aux filles des villages pauvres).

Pour le tourisme sexuel, ils satisfont aussi le complexe Lolita ou Lolicon grâce à des destinations en Asie de l’est comme Taipei, Séoul, Manille et Bangkok, où des hôtels du sexe proposent des prostituées pour combler tous vos désirs.
Pour la contrebande d’armes, la loi prohibant leur possession au Japon, ils se les procurent en Europe et aux USA, souvent en échange de drogue

Ils gagnent aussi des millions de dollars par an avec l’extorsion aux personnes, et les sokaiya (les hommes représentant des actionnaires) sont les maîtres de cette entreprise. Ces derniers achètent un petit nombre d’actions dans une entreprise, de manière à pouvoir participer aux réunions des actionnaires.En vue de ces réunions, les sokaiya rassemblent des informations préjudiciables sur la compagnie et son comité diresteur (maîtresse secrète, évasions fiscales, conditions de travail dangereuses et pollution sont du pain béni pour eux). Ils contactent ensuite la direction de la compagnie et traitent de divulguer ce qui tout information embarrassante qu’ils possèdent à la réunion des actionnaires à moins d’être indemnisés. Dans la socité Japonaise où les gens craignent la honte et l’embarras plus que les atteintes physiques, les cadres supérieurs donnent aux sokaiya tout ce qu’ils demandent plutôt que de refuser et s’exposer à un discrédit public.
De plus, quelques sokaiya ayant des liens aves la presse des affaires (ils publient des magazines dans cette branche), il leur arrive de demander à des compagnies de vendre ou d’acheter des actions spécifiques en échange d’un article les mettant en avant. Mieux vaut accepter que de faire face à une mauvaise publicité.
D’autres organisent des galas de charités pour des œuvres de bienfaisance inexistantes où ils invitent des hommes d’affaires qui sont priés d’offrir de l’argent liquide à leurs hôtes, des concours de beauté très coûteus pour faire chanter des ‘sponsors’, des tournois de golf aux inscriptions hors-de-prix en faveur des joueurs appartenant à la corporation, etc.
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MessageSujet: Re: Les yakuzas : l'article de Yza Zaz   Mar 23 Mai - 18:41

3ème partie

Retranscription d’un reportage sur les yakuza (sans captures d’images)
Les derniers des yakuza

Réalisation : Guy Brousmiche
Images d’archives : NHK – ABC – TBS
Production : La Sept – Arte - 1994
Durée: 30'

Avec plus de 90000 membres, l’organisation criminelle, le mieux structurée du monde est depuis peu, mise sous haute surveillance. Alors la mafia japonaise est entrée dans la clandestinité, les derniers yakuza se retranchent derrière le paravent de leurs grands principes.

Yakuza 1 : L’expression « jingi » a plusieurs interprétations possibles au japon : le sens fort du second idéogramme que l’on prononce « gi » indique la fidélité au groupe, au chef, au parrain. Il exprime l’idée de notre loyauté envers lui. « jin » le 1er caractère a également plusieurs sens selon les gens et les situations. Il indique une situation favorable mais aussi un regroupement de personnes, pour nous, c’est le groupe. Jingi, c’est donc la fidélité au groupe.

Yakuza 2 : Les bushi, les guerriers, les samurai, ce sont avant tout des hommes qui se sacrifient pour leur famille, c’est là leur grande fierté. Ils ne commettent jamais d’injustice. Nous les yakuza, nous avons la fierté de nous sacrifier entièrement à notre parrain. Si par exemple notre parrain nous dit que blanc c’est noir, même si nous savons pertinemment que c’est blanc, nous dirons toujours avec lui que c’est noir.
On bombe le torse, on doit être volontaire, mettre notre corps en avant. C’est cette fièreté, cette fidèlité qui nous anîment. C’est en tous cas, l’esprit qui règnent chez les supérieurs du groupe. On est tout à fait conscient de ces idées et on agit en fonction de cela.
Pour les jeunes yakuza ce n’est pas pareil ; en général, ils n’ont pas encore compris cet état d’esprit, ils se contentent d’obéir et d’observer leurs aînés.

Yakuza 1 : C’est vrai, on peut dire que l’esprit traditionnel des yakuza continue toujours à exister. Pour la base c’est resté pareil, mais quand même, tout autour les choses ont bien changé. On ne peut plus vraiment vivre comme avant, on se heurte quand même à pas mal de problèmes.
Par exemple ce qui a changé c’est le fait de devoir travailler, ou d’entrer dans le commerce. Les yakuza doivent davantage se mêler à la vie sociale.

Arte: La région d’Osaka abrite une grande concentration de yakuza et notamment le fief du clan le plus important : Yamaguchi-gumi. Une organisation évaluée à plus de 35000 hommes. Son quartier général se trouve ici dans cette villa.
Juzo Itami est cinéaste, le premier à s’être attaqué aux gangsters soit disant romantiques. Il est devenu leur pire ennemi.

Juzo Itami (cinéaste) : Avant tout, pour les Japonais , les yakuza sont des individus redoutables, ce sont des gens qui gagnent leur vie en terrorisant les autres. Ils sont surtout très forts pour persuader les gens qu’ils sont dangereux.
Historiquement, la police et le pouvoir ont habilement profité de la clandestinité des yakuza. Comme les yakuza agissent dans la marge, on les a utilisé pour accomplir les basses besognes, le sale boulot que la police ne pouvait pas faire officiellement.

Arte : Les rapports entre police et yakuza ont toujours été ambigus. Utilisés par la police contre les mafias chinoises et coréennes, après la deuxième guerre mondiale; enrôlés comme briseurs de grève entre 1950 et 1960, les yakuza avaient acquis leur droit de citer. Il aura fallut attendre 1992, pour qu’une loi anti-gang ne leur permette plus d’avoir pignon sur rue.
A défaut d’interdire l’existence et la constitution de clans, la loi anti-gang permet aujourd’hui de passer leur activité au crible.
Les perquisitions se multiplient depuis 1992 au siège des principaux groupes.

Yoshimura Hiroto (Chef de la police anti-gang) : Auparavant les yakuza avaient leur siège dans les quartiers des grandes villes, à Tokyo, à Osaka. Ils s’affichaient ouvertement comme « bureaux de yakuza ». Ils mettaient leurs enseignent à l’entrée des bureaux ; soit leur cigle, leur blason ou tout simplement leur nom.
Avec la loi anti-gang, pour l’ensemble du japon, on a enregistré comme organisations mafieuses les célèbres Yamaguchi-gumi, Inakawa-kai et Sumiyoshi, etc… au total 22 organisations pour le moment (1994).
Dans l’état actuel des choses, en imaginant un total de 100 groupes, plus de 80 tombent sous l’application de la loi anti-gang.

Arte : Le cinéaste Juzo Itami a payé cher le courage de dénoncer les activités des yakuza. Une semaine après la sortie de son film, 5 voyous l’ont agressé et lui ont balafré le visage.

Juzo Itami : Je rentrais de mon travail, je venais de me garer devant chez moi, je m’apprêtais à sortir des affaires de la voiture. Au moment ou je me suis penché vers l’intérieur, plusieurs hommes m’ont attaqué par derrière ; ils m’ont complètement immobilisé. L’un d’eux m’a tailladé le visage et le cou ici et là (il montre sa joue gauche). Je pense que c’était avec un rasoir.

Arte : Le premier rôle du film d’Itami est interprèté par Nobuko Miyamoto, épouse et actrice d’Itami Jyûzo. Nobuko a toujours partagé les engagements de son mari.

Miyamoto Nobuko : L’image des yakuza était véhiculée autrefois à travers ce qu’on appelle les « kôdan ». Des récits dramatiques de faits historiques racontés par des conteurs ou bien c’était les « naniwa-bushi » des histoires mélodramatiques et monocordes accompagnées de musique. Cela plaisait beaucoup au peuple et aux yakuza eux-mêmes d’ailleurs. C’est sans doute parce que les japonais sont fondamentalement attachés à la relation de parents à enfants, d’ « oyabun » à « kobun ».
Autrefois, les yakuza restaient cantonnés dans le domaine des jeux ; c’était leur activité principale. Les joueurs, les amateurs étaient en fait leurs clients, donc la majorité de leurs revenus provenait des salles de jeux ouvertes au public. Mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Les yakuza exercent leur activité dans l’économie, dans la politique. Ils s’occupent aussi du trafic de drogue ; leur image s’est bien dégradée.

Juzo Itami : La spécificité culturelle que représente les yakuza et ses contradictions sont difficilement perceptibles par les japonais, sans doute parce qu’ils baignent dans cette même culture. En règle générale, les japonais ont toujours beaucoup de difficultés à appréhender ce qui touche à leur propre civilisation et davantage encore à en saisir les contradictions. Je pense que mon rôle est d’intervenir comme une sorte de miroir ; je renvois aux gens l’image de problèmes dont ils n’ont pas conscience.

Miyamoto Nobuko : Je crois que tout le monde redoute les yakuza. Personne ne veut avoir à faire à eux. Mais la liberté d’expression existe. Quand nous créons quelque chose, nous devons absolument préserver cette liberté. Il faut nous imposer, nous n’avons pas le choix. Et cela même si nous en avons des souvenirs douloureux. Il faut se dire que ce qui s’est passé est de l’histoire ancienne. Personnellement je suis très heureuse que ce film ait pu être fait. Il y a aura peut-être un numéro 2 puis un numéro 3… et à ce moment là il faudra de nouveau faire face.

Arte : En s’attaquant aux activités des yakuza, au racket, à la terreur, Itami Jyûzo dénonce également l’extrême-droite essentiellement financée par la mafia. Mais jusqu’à présent la loi anti-gang n’a pas bloqué les convois blindés et vociférants qui parcourent toujours les grandes villes japonaises.
L’idée du film « Mimbo no onna » est venue de la lecture d’un livre édité par la police qui explique les 14 points de la loi anti-gang. Itami Jyûzo a choisi de les vulgariser dans son film. L’histoire raconte comment un hôtel épaulé par une avocate de choc aura raison des pressions exercées par la mafia. Scène par scène, le réalisateur donne les clés essentielles pour se protéger des yakuza et les battre sur le terrain des droits civils. Cette fois, la dramaturgie est inversée : les héros ne sont plus les yakuza présentés comme des bandits au grand cœur mais des simples citoyens qui défient des gangsters bien ordinaires.

Yoshimura Hiroto (chef de la police anti-gang) : Il y a eut toute une époque ou le cinéma et la télévision ont idéalisé les groupes de yakuza. Mais pour nous c’était le monde de la fiction, celui des films, des romans. On représentait les yakuza comme des bandits au grand cœur, c’était ceux qui s’attaquaient aux forts pour défendre les faibles. C’était très loin de la réalité !
Les yakuza ont repris cette image à leur compte, cela devenait même leur slogan, mais la réalité ne fait aucun doute. Il s’agit de groupes aux activités indésirables.

Juzo Itami : Vous prenez deux personnes A et B. En occident, s’ils ont un problème entre eux, ils peuvent se référer à une loi, à un ordre, à un dieu, à des principes, à une idéologie. C'est-à-dire à des notions qui dépassent les deux personnes en conflit et en même temps des notions auxquelles ils adhèrent. On pourra ainsi trancher pour savoir qui a tort ou raison.
Dans le cas du japon, on s’en remet à la bonne volonté des intéressés, on n’aime pas avoir recours à la loi. A ce moment là, on fait appel à une tierce personne, une personne qui a la confiance des deux intéressés. Selon le jugement de cet intermédiaire, les deux personnes vont soit se réconcilier, ou bien l’une d’elle versera de l’argent à l’autre. C’est comme ça que fonctionne la société japonaise.
La personne qui est chargée de cette fonction supérieure peut être soit un politicien ou bien une personnalité connue dans sa région ou même encore à la limite un yakuza.

Arte : Cette séquence a été tournée avant l’application de la loi anti-gang. Les sièges légaux des organisations mafieuses ressemblaient alors à de véritables forteresses officiellement déclarées « associations d’entre-aide ».

Yakuza 2 : C’est vrai que les yakuza ont une assez mauvaise image dans la société. Tout d’abord, c’est parce que nous sommes organisés en groupes, un groupe qui a des idées fortes. On se déplace en groupe et lorsqu’on va dans des bars ou dans des snacks, on boit de l’alcool, on parle fort et on agit de façon un peu violente et c’est sans doute à cause de tout cela que notre image est un peu mauvaise dans la société.

Yakuza 3 : Notre parrain est très attentif aux gens ordinaires ; il fait son possible pour améliorer les relations entre nous et les autres gens, par exemple, si quelqu’un a un problème avec les yakuza, il sait intervenir en faveur de celui qui n’est pas yakuza. Il cherche à se mettre de son côté. En cas de conflit, il essaye toujours de trouver une solution et généralement il donnera raison au non yakuza. C’est pour ça que les gens l’apprécient ; il est aimé par les gens. Les gens viennent vers lui. C’est quelque chose de naturel.

Arte : Vous dites « naturel » ? Mais la philosophie de votre patron, c’est d’aider par exemple un particulier. S’il vient chercher un conseil, on ne lui demande pas d’argent en échange. Votre patron ne veut pas entendre parler d’argent, mais malgré tout, vous avez réussit à étendre votre influence. Vous croyez que c’est seulement grâce à sa personnalité ?

Yakuza 3 : Ca, c’est difficile ! je ne pourrai pas vous répondre. Demandez à notre conseiller !

Yakuza 1 (le conseiller) : C’est la générosité du parrain qui fait sa force. Une générosité qu’il a accumulée depuis sa jeunesse. Il a un charme qui attire les gens. C’est difficile à définir mais il a quelque chose qui attire les autres. Vous savez c’est partout pareil, si une personne n’a pas de charme, de charisme, personne ne viendra vers elle. Je crois que c’est un don.
Moi je dis que c’est un monstre ; c’est vrai il a quelque chose de monstrueux.

Arte : Mais un monstre ça fait peur comme image.

Yakuza 1 : Non, je ne veux pas dire un monstre qui fait peur, ce n’est pas ça que je veux dire. Quand le parrain est en face d’un problème, il sait l’aborder la tête froide. Il ne s’emballe pas facilement pour un oui ou pour un non. Et ça, c’est depuis qu’il est tout jeune. Il a commencé à faire de la prison à l’age de 12 ans et au total, il a du faire 18 ans de prison.
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Lélé
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MessageSujet: Re: Les yakuzas : l'article de Yza Zaz   Mar 23 Mai - 18:42

dernière partie, suite du reportage d'Arte

Arte (question au yakuza 4 – sourcils tatoués et auriculaire coupé) : Pourquoi vous êtes vous fait tatouer les sourcils ? C’est quand même assez rare ! C’est une coutume qui a un sens ?

Yakuza 4 : Non ! C’est seulement une erreur de jeunesse. Quand j’étais jeune je trouvais ça sympa. Ca me donnait un genre. On dit « tonpin » chez nous.

Arte : « tonpin » qu’est ce que ça veut dire ?

Yakuza 4 : Ca veut dire une bêtise quoi ! C’est du dialecte de kyûshû.

Arte : Qu’avez-vous comme projet pour l’année prochaine ?

Yakuza 4 : J’aimerais qu’on ait davantage de jeunes recrues et surtout je vais faire de mon mieux pour le clan.

Yakuza 1 : Je me bats toujours dans le monde yakuza pour imposer cette idée. Je leur dis en effet qu’il faut prouver sa fidélité par ses actes, plutôt que par la parole. Notre visage doit changer. On doit en fait avoir deux visages : l’un pour le travail, l’autre pour la vie de yakuza. Et c’est ça qui est difficile.

Arte : Le Japon aux deux masques. Etrange concensus ou les gens les plus honnêtes peuvent parfois côtoyer des malfaiteurs.
Les yakuza participent activement aux fêtes shintô qui marquent le début des saisons. Les marchands ambulants et les forains sont sous leur contrôle, mais cette fois, il n’est plus question de violence.
Les « matsuri » rassemblent dans le même esprit, le cadre, l’étudiant, l’employé et le yakuza. Mais depuis peu, les tatouages s’y font de plus en plus discrets.

Juzo Itami : On ne peut pas imaginer que les yakuza disparaîtront un jour ; on verra sans doute une évolution, un changement de cette forme de banditisme, mais ils existeront toujours sous une forme ou une autre. C’est un phénomène que l’on retrouve dans toutes les sociétés. Dans quelles proportions et dans quelle forme cela changera, je suis incapable de le dire, mais une société qui a engendré un tel système a forcément installé la succession de ce modèle, la relève en quelque sorte. C’est pour ça que je pense qu’il y aura toujours des yakuza.

Arte : Les habitants de Tokyo ont maintenant à leur disposition un service d’information et de conseil afin de mieux se défendre contre les activités des yakuza. Entreprises et particuliers viennent y chercher le mode d’emploi de la loi anti-gang et même parfois obtenir une aide financière dans le cas de poursuites judiciaires.
Ce service anti-gang est également ouvert aux yakuza repentis à la recherche d’un emploi honnête.

Sakari Tokita (centre anti-gang) : Notre centre contre le banditisme est avant tout un centre d’information ouvert au public sur la loi anti-gang, ses mesures et ses applications. Nous donnons des conseils aux particuliers et à tous les gens qui sont victimes de pressions de la part des yakuza. C’est jusqu’à présent, l’essentiel de notre activité. Les gens viennent nous voir ; ils veulent savoir comment réagir, comment faire face aux pressions, aux menaces.
Ils viennent en général s’informer sur le comportement à adopter lorsqu’ils reçoivent des visites des yakuza. Ce sont les cas les plus fréquents. Je pense qu’il faut y voir là, un signe positif de l’évolution des mentalités.

Yoshimura Hiroto (chef de la police anti-gang) : Ca, c’est une bande dessinée publiée l’été dernier par notre service. Ca parle de ce qu’on appelle la « zone crise », cette zone floue dans laquelle agissent les yakuza.
En fait, cette bande dessinée explique les principes et les détails de la loi anti-gang, ce qu’il faut faire ou ne pas faire.
A partir d’exemples réels mis sous formes de dessins, nous informons les lecteurs dans quels cas précis, ils peuvent faire appel à la police pour intervenir contre les yakuza, et quand ils doivent impérativement s’adresser à la police.

Arte : Instruction civique à grande échelle, descentes sur le terrain, la police japonaise est entrée en croisade. Il y va de l’image du japon à l’étranger, mais avant tout des fondements de la démocratie.

Juzo Itami : Les japonais détestent la démocratie à mon avis. Quand les américains à la fin de la seconde guerre mondiale ont voulu installer un système démocratique au japon, ils ont commencé par plusieurs choses.
Mais ils ont avant tout commencé par instaurer la séparation des pouvoirs. Dans la Constitution, l’Etat est l’organe législatif unique, mais en fait, hypocritement, la bureaucratie est derrière ce pouvoir législatif. C’est elle qui a construit le système qu’elle contrôle totalement. Donc lorsque l’on parle de démocratie au japon, son fondement même est erroné. Même si la forme est la même avec des élections et plusieurs partis politiques, tout cela reste une façade. Sur le fond, ce n’est pas une vraie démocratie.
Par exemple, lorsque des politiciens font une mauvaise politique, il est possible de les changer lors d’une élection. Un vote peut les faire tomber.
Mais dans le cas des bureaucrates, ceux qui dominent réellement, on ne peut pas les changer puisqu’ils ne sont pas élus. Quelque soit la politique qu’ils imposent, on ne peut pas les destituer. On n’a pas de recette, c’est sans solution !

Note du webmaster du site où se trouve le reportage :-Je me suis permis de retranscrire intégralement le documentaire original dans cet article car celui-ci a été diffusé sur Arte il y a 10 ans, et ne sera probablement plus rediffusé.-

Complément: le 21 décembre 1997, le cinéaste Itami Juzo se jette du haut d'un immeuble avant la sortie d'un tabloid prétendant une relation extra-conjugale, qu'il nie dans plusieurs notes laissées avant son "suicide"...(« suicide » car tous ceux qui le connaissaient, à commencer par sa femme, ont affirmé avec fermeté qu’il n’était pas le genre d’homme à attenter à sa vie, et surtout pas pour une chose pareille).

Sources :
http://www.crimelibrary.com/gangsters_outlaws/gang/yakuza/1.html
http://www.terrorwatch.ch/fr/yakuza.php
http://www.a-nous-dieu-toccoli.com/publication/2005/shintai/shintai_chap4.html
mes souvenirs ^^ , avouez que si la télé a du bon, elle n’est pas la seule !
Livre : Tatouage de Victoria Lautman

Source du reportage (vous trouverez d’intéressantes photos sur le site): http://www.lejapon.org/info/modules.php?name=News&file=article&sid=859
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MessageSujet: Re: Les yakuzas : l'article de Yza Zaz   Mer 24 Mai - 12:18

Je sais, c'est long, mais ça en valait largement la peine, non ?
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Lélé
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MessageSujet: Re: Les yakuzas : l'article de Yza Zaz   Dim 28 Mai - 20:54

c'est clair que ça en valait la peine ! Merci pour cet article Zaz ! Il est complet et puis, on peut maintenant s'en faire une idée plus précise des yakuza. En plus, j'aime boucou l'interview d'Arte, car c'est un témoignage des protagonistes principaux : yakuza, policier, civil (avec celui du centre anti-gang et le cinéaste). On a les différents partis donc on peut dire que c'est assez objectif.

Et avec ça, on comprend maintenant les clichés et les stéréotypes qu'on a sur les yakuza, que ce sont des sortes de criminels qui s'adonnent à des activités pas honnêtes du tout, qui sont craints par la population (on peut se mettre à leur place, un voyou reste un voyou ^^).
Pourtant, si leurs méthodes de faire ne sont ni pacifiques, ni honnêtes, ils ont quand même leurs propres convictions,et cela fait aussi leur force.
Je les admire en quelque sorte, pas pour leurs activités, mais pour ce sens relationnel qu'il y a au sein du clan et ce sens du devoir et de dévouement qu'ils entretiennent envers leur oyabun.
En plus, ces membres trouvent dans leur clan une sorte de famille, un rattachement ou lien "affectif" qui fait aussi qu'ils se sentent utiles. C'est important je trouve, cette notion d'être utile à quelqu'un ou pour quelque chose.
Bref, en tout cas ma vision des choses s'est élargie avec cet article. Déjà qu'en lisant le manga Tokyo Crazy Paradise, encore inédit en France, où le héros est le kumicho (= oyabun) d'un clan important de yakuzas, je me disais que les yakuzas ne sont pas forcément ce qu'on décrit, là maintenant, je sais à quoi m'y tenir.

Quelqu'un saurait s'il y a des films avec des yakuzas ? Dans ma tête là maintenant, je ne vois que le film Infernal Affairs (2003) et Aniki mon frère (de Kitano, 2000). Je ne me souviens pas des masses d'Aniki mon frère que j'ai pourtant aimé, mais bon.
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MessageSujet: Re: Les yakuzas : l'article de Yza Zaz   Mar 6 Juin - 15:11

Le réalisateur Juzo Itami -voir l'article ci-dessus- avait provoqué la colère des yakuza pour avoir réalisé un film sur eux. Je ne me souviens absolument pas du titre (j'ai un blanc Confused ) mais c'était très drôle parce que l'histoire racontait comment le directeur d'un hotel aux prises avec les yakuza se défendait d'eux. C'était dans le registre comique; il fallait voir comme les yakuza s'en prennaient plein la tête ! Laughing Laughing Laughing
A moins que je ne me trompe avec un autre film japonais Confused .
Sinon, je ne te conseille pas vraiment les films américains qui mettent en scène des yakuza, ils les caricaturent (ex.: Dragon rouge avec Dolph Ludgren, Brandon Lee -oui, le fils de Bruce Lee-,etc.) quand ils ne font pas que d'en présenter l'image qui leur convient pour mettre en avant un autre 'groupe' ou le(s) personnage(s) principal.
C'est vrai qu'il y a Crying Freeman de Christophe Gans, mais n'oublions pas que le Freeman est membre des triades (= mafia chinoise) et que s'il était intéressant de confronter celle-ci aux yakuza dans le film, l'idée n'a pas été très exploitée, c'est un survol très léger (platitude, quand tu nous tiens, sniff !).
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MessageSujet: Re: Les yakuzas : l'article de Yza Zaz   Jeu 8 Juin - 12:05

Embarassed ... mon manque de culture générale me fait dire n'importe quoi et ignorer bien des choses. Je savais pas ce que c'était que la Triade, et je mêlais la mafia chinoise au même rang que les yakuzas. Je sais pas si c'était judicieux de le faire, mais une mafia reste une mafia.
Donc pour Infernal Affairs, c'est aussi de la mafia chinoise dont il s'agit. Mais y a des persos qui ont un passé commun à la description des yakuzas, donc j'ai pas fait de différence.

Pour le film de Juzo Itami, j'ai fait des recherches dessus, et voilà :
Minbo, ou l'art subtil de l'extorsion
Le grand hôtel Europa de Tokyo est envahi par des yakuzas qui répandent la calomnie et font fuir les clients. La direction décide de mettre sur pied une "task force", une équipe de choc pour les chasser. Composée de deux jeunes employés réticents, Suzuki, assistant comptable et Wakasugi, groom, ce tandem accumule les gaffes et les échecs. L'hôtel engage finalement Mahiru Inoue, une avocate spécialiste de ce type d'affaires. Elle parvient a redonner confiance a Suzuki et Wakasugi.

Normal que tu te souviennes pas du titre ! C'est trop long, à moins qu'on raccourcisse avec Minbo. En tout cas, c'est vrai que ça a l'air pas mal. Et normal aussi que les yakuzas soient en colère s'ils se voient rétamer par des civils, mais bon, c'est juste un film aussi.

Voici une critique du film que j'ai trouvé par hasard :
Une avocate providentielle, spécialiste du chantage et de l'extorsion, pratiques courantes des yakusas qui leur permettent d'investir par l'intimidation les palaces en faisant fuir la clientèle payante, va prendre en main le personnel d'un hôtel victime de l'invasion des gangsters et lui apprendre à inverser juridiquement cette situation invivable et enfin chasser les yakusas. Minbo est le seul des quatre films du cycle à envisager le monde des yakusas de l'extérieur, sans la moindre fascination ou complaisance à son égard. Juzo Itami s'est toujours amusé dans ses films à brocarder la société japonaise, l'archaïsme de ses rites ou les failles de sa modernité, avec une verve souvent assassine. Il n'était donc guère étonnant qu'il s'attaque un jour à l'empire des yakusas, montré d'une façon inédite : une plaie quotidienne pour certains travailleurs japonais. Mais la dénonciation emprunte les traits de la farce. Plus proche de la caricature documentée que du dossier filmé, Itami réalise une comédie très cruelle (le stress provoqué par les yakusas fait pisser le sang au comptable de l'hôtel), qui ose mêler le drame à la bouffonnerie (la trouille monstrueuse des employés et la grossièreté idiote des yakusas). Itami ne s'embarrasse donc pas de fioritures. Son film est heurté, rapide, dense. Sans se limiter à une charge contre les yakusas, Minbo est une attaque bien plus profonde de la société machiste japonaise et de sa misogynie. A-t-on jamais vu un tel personnage féminin, aussi exubérant, autoritaire et brillant dans un film du Soleil-Levant ? Cette petite bonne femme qui cloue le bec à une meute de yakusas décérébrés venge plusieurs générations de geishas muettes et nous change des habituels coups de feu et coups de sabre virils certes plus esthétiques mais aussi plus stéréotypés. Porté par l'extraordinaire Nobuko Miyamoto, épouse d'Itami et héroïne habituelle de ses films, et vrai triomphe au Japon, Minbo déplut profondément aux yakusas qui poignardèrent son auteur. Itami, cinéaste non conformiste, qui s'obstina malgré les menaces à faire rire là où ça fait mal, finit tragiquement défenestré dans des circonstances douteuses en 1997. Minbo est le film d'un homme libre, qui paya très cher son insoumission et sa férocité.
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MessageSujet: Re: Les yakuzas : l'article de Yza Zaz   Dim 11 Juin - 19:58

super interessant ton article Zaz, enfin c'est une tres bonne idee d'en avoir parle, je veux dire. Il est pas sur que ce reportage sur ARTE ne soit jamais rediffuse, et on peut parfois retrouver des doc en download et meme les plus inattendus... en tout cas, ca pourrait faire une sous rubrique dans Etersam , non Lele? apres tout ca parle un peu de samourais...
C est vrai que le monde des yakuza a toujours vehicule un certaine fascination aupres des etrangers passionnes de l'Asie. Mais il n'en est rien pour les Japonais qui trouvent le sujet tabou. Pour vous dire, le fait d'avoir un simple tatouage est mal vu ici, parce que ca rappelle justement les yakuza d'une certaine maniere... bref, ca fait mauvais genre! Evil or Very Mad Perso, m'en fous royalement. Enfin tout ca pour dire que les films a la Black Rain (un de mes preferes) ou de Kitano ont certainement bcp servi a redorer le blason de cette categorie de personnes. Je pense que c'est comme les fauves, c'est joli a regarder mais faut surtout pas s'en approcher! J'ai une anecdote a ce sujet, c'est arrive avant ma venue dans mon travail actuel. Lors de mon 1er briefing, mon boss me dit: "j'insiste bien sur le fait qu 'il vous est absolument interdit de nouer tout contact exterieur avec l'un des eleves, d'aucune maniere!" Peu de temps apres j'ai demande a un collegue plus ancien pourquoi il avait ete aussi categorique a ce sujet. L'annee precedente, un prof etait sorti avec une etudiante. Ce dernier ignorait que la petite etait deja maquee a un kobun! on a vite fait de le lui apprendre et vous voyez de qui je parle en disant "on"? le mec a disparu le lendemain, il a juste laisse une lettre a ma boite expliquant ce qui ce passait: le kobun lui laissait 24 heures pour quitter le pays... Bon ce genre d'histoire est un super mauvais coup du sort pour ce jeune prof, apres tout c'est cette fille qui l'a embobine... vous voyez, on ne rigole pas avec ces gens la... Une autre mesaventure, dont j'ai parle dans mon journal, c'est l 'histoire de mon collegue anglais qui s'est fait rosse par une bandes de jeunes yakuza certainement deja bien echauffes par l'alcool, simplement parce qu'il marchait en compagnie de son epouse japonaise... Simple acte de racisme dont peut faire preuve n'importe quel Japonais ou est-ce que les Yakuka supportent mal la presence d'etrangers? je me suis souvent pose la question...
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