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 Boku no furui seikatsu datta/ L'histoire de Zebuth

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Eyael
Samouraï


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MessageSujet: Boku no furui seikatsu datta/ L'histoire de Zebuth    Ven 1 Aoû - 19:47

Me voila de retour! Le titre en japonais signifie mon ancienne vie (j'aurais pu choisir watashi mais boku est en japonais le "je" masculin.)
Je dédie cette fic à Kellys et à toutes les grandes fans de ce perso
J'essaierais de poster régulièrement, promis!

Boku no furui seikatsu datta.

Disclaimer

Il y a longtemps que je rêvais de faire une fic sur le passé de Shuten, c’est maintenant en cours de réalisation.
J’avais bien des années avant, des idées. Alors pourquoi je poste cette histoire que maintenant ?
Pour plusieurs raisons : déjà les passions vont et viennent, on peut aimer changer de sujet d’écriture.
Ensuite parce que je veux que cette histoire soit sérieuse et plausible.
Ce qui signifie :
-Moments durs (affronter la mort, épidémies) premiers amours de jeunesse, récurrence du giri (sens du devoir japonais)
-de temps en temps des dialogues en japonais (les traductions et explications seront à la fin des chapitres)
-Des termes et des proverbes japonais.
-Mention des guerres civiles, notamment la guerre de Sengoku.
-Les noms imaginés seront basés sur des kanjis existants et non basés sur l’idée de la sonorité.
-Pour la localisation de l’histoire, en regardant google map, ça se passera à 250 km de Kyôto. (et Yamashiro était une assez grande province japonaise)
Chaque lieux cités seront réels.
-Absence de pouvoirs ou d’artefacts surnaturels
-Présence d’Original Characters. Pour celles qui s’attendent à voir les trois autres Mashôs, ce sera dans les derniers chapitres de l’histoire.
Sur ce, bonne lecture ! N’hésitez pas à commenter

Introduction

Avec le recul, je me rends compte que depuis que j’ai quitté le Yôjakai, j’ai beaucoup à faire.
Je n’ai pas le droit de rester spectateur devant ce qui s’est passé, ni depuis les révélations de ce mystérieux moine…
Pas après tout ce que j’ai fait ! Que ce soient les batailles menées au cours des siècles passés pour la gloire d’Arago Sama, mes combats avec les samourais troopers ou tout simplement… Ma trahison et mon incommensurable égoïsme.
Je pense rarement au passé mais là, des vieux  souvenirs me reviennent en mémoire de manière très précise.
Comment ai je pu tomber si bas en laissant seuls mes anciens compagnons d’armes, tout ça pour uniquement plus de pouvoir, de puissance ? Et c’était quelque chose que je n’avais pas la moindre envie de partager en plus.
La manière dont j’ai agi ces derniers temps me dégoute de plus en plus. Mais comme je l’ai dit, je n’ai pas le droit de mourir. Pas tant que je n’aurais pas expié mes fautes ; celui qui suis le seul et unique responsable, c’est moi et personne d’autre.
Pourtant… Plus les souvenirs me reviennent à l’esprit, plus je me rends compte que je n’étais pas comme ça avant. Avant d’entendre parler de la yoroi.
Boku no furui seikatsu datta, c’était mon ancienne vie. Une vie comme celle de tous les simples humains que nous sommes.


Dernière édition par Eyael le Dim 24 Mai - 15:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Boku no furui seikatsu datta/ L'histoire de Zebuth    Jeu 9 Oct - 12:15

Eh bien, eh bien, voilà une fic qui m'intéresse beaucoup Very Happy

L'introduction est bien écrite. Courte, mais bien écrite (enfin, une intro ne doit pas faire 25 pages, aussi xDD).
J'aime beaucoup le titre en japonais (c'est vraiment la classe d'apprendre cette langue ! *-*)
Les sujets que tu vas développer dans ta fic, surtout sur ce personnage, me donnent envie de savoir la suite et j'espère que tu n'as pas abandonner la rédaction de cette fic.
En plus, tu vas faire une fic historique, avec des trucs réels et tout, ce qui pousse mon admiration *-*

Bref, je te souhaite bon courage pour cette fic que je suivrai avec attention, sois-en sûre Very Happy
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Eyael
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MessageSujet: Re: Boku no furui seikatsu datta/ L'histoire de Zebuth    Sam 23 Mai - 2:06

Chapitre 1 : conflits, morts, espérances


Aussi loin que je me souvienne, nous avions vécu dans la région de Yamashiro.
Mais ça ne signifiait pas que nous vivions non loin de la capitale, au contraire.  Nous habitions dans un petit village à Minetokoyama, il y avait peu d’habitants : une centaine tout au plus. Même chose pour les commerces : seulement deux marchands de légumes, un poissonnier, six auberges disséminées dans le village et un magasin qui proposait divers articles.
Par contre, le temple et le sanctuaire étaient très grands et côtoyaient la forêt.
Je ne saurais comment expliquer le fait que nous habitions dans une grande maison : Deux chambres de 6 tatamis, une salle de séjour qui servait aussi de salle à manger de 8 tatamis ainsi qu’une salle de bain avec une grande baignoire et une cuisine de 5 tatamis.
Peut être était ce dû au fait qu’une partie de la famille d’otôsan ait accepté de le soutenir malgré ses choix en contribuant à la fabrication de cette maison.  Tout comme le fait de n’avoir à son service qu’une cuisinière et un valet pour s’occuper du jardin et de la petite écurie que nous possédions.
Car il avait fait des choix peu orthodoxes : épouser par amour la fille d’un maître de kendô, n’avoir qu’un seul enfant et habiter dans un village dans une maison modeste au lieu de se tenir aux côtés de son maître… Tout ceci lui conférait de la part des habitants et du shogun une sorte de respect due à la fois à son rang et à cette originalité mais aussi un certain mépris laissant la porte ouverte aux médisances.  Tout comme paraît il les questions d’éducation : pour la plupart des hommes, il était impensable qu’un jeune garçon ait droit à autant d’affection et de liberté alors qu’un long travail l’attend pour devenir à son tour samouraï et perpétuer l’honneur familial.
Plus tard, j’appris qu’il occupait un rôle important dans l’entourage du daimyo et prenait souvent part à l’élaboration des stratégies de batailles.  Il avait également la charge d’une trentaine de soldats.
Tout cela, bien entendu l’enfant que j’étais l’ignorait entièrement. Peu importait à mes yeux cette notoriété et ses origines…  Même si j’ai peu de souvenirs de lui, je me rappelle pourtant de moments passés à contempler ensemble le jardin zen, à écouter des histoires courtes.
Mais par dessus tout, j’aimais l’heure du thé où nous étions tous les trois ensemble. Assis en seiza autour de la table, mes parents commentaient les faits en buvant leur thé qui était régulièrement accompagné d’ocha mochis, mochis au sésame ou de dangos* avec une sauce sucrée. Même si la conversation m’échappait,  je buvais leurs paroles mains sous le menton ; jusqu’à ce qu’otôsan me donne un morceau de mochi que je mangeais avec grand plaisir. Pas parce que j’aimais cette friandise mais parce que j’avais droit à une marque d’affection de sa part.
Mes parents étaient heureux d’avoir un fils : pas seulement pour perpétuer la lignée et assurer dans le futur la protection du fief mais parce qu’à leurs yeux ils étaient enfin une famille épanouie.
Un mariage d’amour et avoir un enfant. Qui plus est qui est né sous un jour faste : Kodomo no Hi ce qu’on appelle dans le calendrier actuel le 5 mai.
Manifestement, ils semblaient bénis des kamis…
Quant à mon prénom, Toshitada… Ce qui signifiait « Année Correcte »  Toshi pour année et Tada pour correct. Il semblerait que le nombre de traits n’était pas néfaste*1 et que mes parents avaient choisi ce prénom car ça faisait un an qu’ils arrivaient à vivre correctement : pas de maladies, de soucis d’argent, de guerre.
Okâsan me répétait souvent que ça finirait par me porter chance…
De part les origines de mes parents, nous avions le privilège de porter un nom.
Nom qui signifiait « démon dur » Bien sûr, on me l’avait appris : j’étais trop jeune pour déchiffrer les hiraganas et les katakanas, alors les kanjis…  *2 Je savais simplement que la plaque fixée à côté de la porte d’entrée indiquait notre nom.

Le dernier moment heureux que nous ayons pu avoir en famille remonte au Nouvel an de 1555. J’avais alors trois ans et demi.
Le premier janvier de cette année était placé sous le signe du froid et de la neige ; l’air était glacé et mordant à cause du vent matinal. Malgré l’heure matinale, il y avait déjà foule dans le temple. La plupart des fidèles tiraient des omikuji,  d’autres jetaient dans la boîte à offrandes des pièces.
Après un long moment, nous avons pu nous approcher et jeter chacun cinq pièces, nous sommes restés un bon moment à prier avant de revenir.
Peu avant le déjeuner, sans que je sache pourquoi,  okâsan e remit un sac en tissu contenant des azukis rouges.
Tous deux me regardèrent d’un air complice et m’expliquèrent qu’on lancerait les azukis autour de la maison pour chasser les esprits et que la chance entre chez nous.  
J’avais trouvé ça vraiment amusant et j’avais hâte de le refaire. Mais il était temps de déguster le repas du nouvel an.
Un mois et demi plus tard, un messager est venu chez nous. Après un long entretien, otôsan le suivit. Ses derniers gestes furent pour okâsan et moi : une brève étreinte et une promesse : celle de revenir vite.
Mais il n’a pas pu tenir cette ultime promesse, un mois passa. Okâsan décida alors d’aller à nouveau au temple et me demanda si je voulais l’accompagner ce que j’acceptai avec plaisir.
Elle me laissa tirer sur la corde pour sonner la cloche et me montra la boule en bois qu’elle avait acheté : un daruma.

Nous étions à présent à la mi juin, la chaleur commençait à être assez forte pour permettre aux enfants de passer tout l’après midi à l’extérieur.
Le repas venait de s’achever et je fus autorisé à aller jouer devant la maison avec mon ballon neuf.
Après quelques minutes, un hennissement se fit entendre, les gens sortirent de la maison.
Cinq minutes plus tard, des soldats étaient dans la rue, okâsan avait déjà ouvert la porte pour savoir ce qu’il se passait. Immédiatement, l’un d’entre eux mit pied à terre et après lui avoir demandé son nom lu dit qu’il devait s’entretenir avec elle. Elle me congédia aussitôt en me priant de l’attendre dans la salle de séjour. Que se passait il ? Je ne comprenais pas et si ce groupe était là, comment se faisait il qu’otôsan ne soit pas là.
Quand elle entra dans la pièce, je me précipitai vers elle ne parvenant plus à dissimuler ma curiosité
-言って おおかさん が、 この 人は、 誰でした  か
何 が 起こりますか。*3
- 何か の  とても 悲し が 起こりました。*4 Son visage était extrêmement pâle et figé tel un masque de Nô, mais il exprimait une profonde tristesse et un désarroi sans fond. Et elle s’octroya le droit de se laisser aller au chagrin, à la douleur. De pleurer la mort de celui qu’elle aimait. Je ne comprenais pas encore ce qui se passait mais à cet instant les larmes me montèrent aux yeux : je ne pouvais pas supporter de voir Okâsan dans cet état. Et de la voir tomber à terre perdant contenance me fit comprendre qu’il s’était passé quelque chose de grave.
Malgré mon jeune âge, elle avait tenu à ce que je reste là au moment d’amener le corps de mon père. Elle voulait que je sache ce qui s’était passé et que j’affronte la réalité puisqu’elle me concernait aussi.
Une chose était certaine : le daruma que nous avions acheté garderait toujours un œil ouvert*5 mais ça n’avait rien de réjouissant vu la tragédie qui nous frappait.
Pour la première fois de ma vie, à trois ans et demi j’étais confronté de plein fouet à quelque chose qui deviendrait récurrent dans ma vie : la mort.
死ぬ 。何 ちょおど  でした か。はっきり を  知リませんでした。*6
Qu’est ce que c’était « être mort » ? Est ce qu’on reviendra ? On se réveillera ? Si on s’endort est ce qu’on va mourir nous aussi ? Tous les enfants se sont posé ce genre de questions. Les parents recourent à des trucs comme un mensonge « rassérénant »  « il est parti, je ne sais pas si il reviendra. » ou des banalités comme «  il est monté au ciel et maintenant, il est très heureux. »
Déjà à quatre ans , nous les enfants étions confrontés à la triste réalité. Les guerres civiles continuaient dans tout le pays et chaque jour des vies étaient sacrifiées sur l’autel de la guerre. Notre famille n’était pas la première à connaître ce genre d’événement, elle ne serait certainement pas la dernière.  La vie, quelle histoire c’est pas très marrant, qu’on l’écrive blanc sur noir u bien noir sur blanc, on voit surtout du rouge. Du rouge sans trêve ni repos.
La nouvelle s’est vite propagée dans le village et la famille n’a pas tardé à être informée.
Je ne sais pas ce qui se serait passé si ma tante n’avait pas réussi à convaincre son mari de venir nous voir.  Dans le but de nous aider, même si elle était seule. C’est elle qui a soutenu okâsan, la faisait manger ou se reposer quand elle était à bout.
Elle qui a supporté mes question, compris avec tellement de facilité ce que j’éprouvais, rassuré sur mes angoisses.
Peu après la funeste annonce des soldats qui avaient survécu, ma tante Asako était venue. C'était la soeur de mon père mais nous ne nous connaissions pas vraiment. Elle avait épousé un officier qui avait une place importante et vivait dans une superbe résidence hors de notre fief. Grâce à ce mariage, il avait été possible de sceller une sorte d'alliance entre deux clans.
Tout ça je l'apprendrais bien des années plus tard.
Pour le moment, je fus impressionné par la femme vêtue d'un superbe kimono rouge et noir qui se tenait dans l'entrebâillement de la porte. Elle était accompagnée de deux servantes ce qui était un vrai luxe.
-Je te présente ta tante. Vous vous êtes vus il y a de ça deux ans, tu ne dois sans doute pas t'en souvenir, me dit ma mère.
-Bonjour, ma tante. Soyez la bienvenue, merci d'être venue, finis je par lâcher. Ces mots étaient si durs à dire mais il fallait que je prouve que mes parents m'avaient donné une bonne éducation. Visiblement, elle sembla satisfaite et me gratifia d'un sourire avant de se tourner vers ma mère.
-Ayako san, vous devez être fatiguée après un si long voyage. Désirez vous un thé et des ohagi ou vous reposer?
-Non, merci. Rien de cela pour le moment, tenez prenez, dit elle en posant sur la table une enveloppe funéraire.
Après avoir un petit peu parlé, ma tante se leva pour aller offrir de l'encens et se recueillir près du corps de mon père.  Elle aussi, devait être bouleversée en ayant appris la nouvelle  et voulait probablement lui prouver son amour en restant à ses côtés avant que ne commence la cérémonie funéraire.
Je me demandais comment elle pouvait être aussi courageuse. Quand j'étais rentré dans la pièce, le noir m'avait fait peur et de voir le corps étendu sur le futon, froid et immobile m'avait donné envie de partir.
Okâsan s'activait en préparant des bols, des flacons de saké et des coupes pour le dîner
Tout en la regardant, je vis que des larmes coulaient sur son visage.  Au moment d’amener les plats, un  bol de légumes saumurés tomba sur le sol se cassant net.
Quelques secondes plus tard, elle fit glisser le shoji pour sortir dehors.
Sans que je sache vraiment pourquoi, les larmes montèrent aussi en moi.  Je commençais à ne plus avoir très faim mais ce n’était pas tout.
Une des servantes se précipita à l’extérieur, s’entretînt avec okâsan. Ce soir, elle ne prendrait pas le repas avec nous, elle avait besoin de repos après le choc qu’elle avait reçu.
A l’heure de la chèvre, je me retrouvais dans mon futon mais je ne parvenais pas à trouver le sommeil : que se passerait il si je m’endormais ?
Par bonheur ma tante entra et resta auprès de moi. Avec un sourire contrit, elle me caressa doucement la joue.
-Tu dois dormir Toshitada chan, tu as besoin de repos.
-Oui, mais j’ai peur… peur que quand il y a un mort, il se réveille. Ou que moi aussi je sois mort.
-Non, rassure toi… Quand on est mort, on ne peut plus jamais se réveiller. Plus jamais et quand on dort, c’est pour un moment seulement.
-Ne me laisse pas s’il te plait, chuchotais je en tremblant de tristesse.
-Non, tout ira bien Toshitada chan… Je reste à côté de toi, tu peux dormir tranquille et tu ne feras pas de cauchemars.
Tout en parlant, elle continuait son geste et serra ma main pour me faire comprendre que j’étais en sécurité.

Le lendemain aux alentours de l’heure du cochon(midi), des personnes que je ne connaissais pas commençaient à affluer aux alentours de la maison.
Je n'aimais pas ce début de réunion et ce qui se passait. Pourquoi ne nous laissait on pas seuls pleurer notre chagrin ?
C’est ainsi que je fis la connaissance de mon oncle Akimoto , le mari de tante Asako, de leur fils Shigéru qui devait avoir cinq ans.
Du côté de la famille d’okâsan, je découvris qu’elle avait deux frères : Hayato qui dirigeait un dojo et Kenji samouraï de seconde classe qui avait épousé une dénommée Matsuko.  Ils avaient deux enfants : une fille de trois ans du nom de Sayoko et un fils d’un an et demi, Yasuo  qu’ils avaient préféré laisser aux bons soins de leurs servantes.
Manifestement malgré le manque de proximité entre eux, Hayato san et Kenji san se montrèrent très attentionnés envers leur sœur : ils choisirent d’installer eux mêmes l’encens, le portrait, l’endroit où mettre la boîte à enveloppes.
De son côté Akimoto san chercha quelqu’un pour se charger de la toilette mortuaire et organisa la veillée funèbre.
Je restai un long moment après le dîner devant le cercueil en bois figé, espérant entendre à nouveau la voix d’ôtosan et en même temps redoutant de le voir bouger, même si cette immobilité me faisait vraiment peur.
En prenant une poignée d’encens une pensée me traversa l’esprit : pourvu que là où il soit, il soit heureux. Et que le roi Enma lui permette d’aller au paradis.
Quand les adultes n’étaient pas auprès d’okâsan, ils s’enquéraient de mon état en me demandant si ça allait.
Non ça n’allait pas, j’avais envie de pleurer mais je devais être fort. Je pouvais pleurer à cause de la perte subie mais rester à s’apitoyer et pleurnicher pour pas grand chose surtout peu avant les funérailles, ce n’était pas admissible ! Au moins, mon cousin Shigéru m’entraînait dehors de temps en temps pour jouer.
Affronter avec calme et dignité les funérailles fût notre pire épreuve. Entre la crémation et chercher une urne funéraire, un prêtre pour lire des sutras trouver des compositions florales avec des boutons de lotus ….
Le cimetière me fit frissonner : toutes ces pierres tombales, ces noms indéchiffrables et cette foule vêtue uniquement de noir… Comme si ça ne suffisait pas, les corbeaux se mirent à croasser bruyamment. Décidément, je n’aimais pas ce lieu…
La lumière diminuait, le brouhahaha continuait et une pierre était plantée dans le sol. Plus j’essayais de monter, plus la terre m’engloutissait et la foule floue ne remarquait rien, absolument rien !!  
A présent c’était le noir complet, il y avait juste des volutes de fumée grise et des sanglots. Mon corps ne m’obéissait plus et j’étais immobile dans ce noir comme mort. Non, Nooooon !!
J’avais du hurler car à peine une minute plus tard, okâsan était à côté de mon futon, inquiète me serra contre elle et me dit qu’elle était là que tout allait bien à présent.
-は はい 元気 だ 。悪夢 だった いただけさ。*5 Articulais je faiblement, oui ce n’était rien de plus qu’un mauvais rêve et pourtant, j’avais peur de me rendormir, de sentir une fois de plus la terre sur moi et de ne plus rien voir…  
On pouvait distinguer une superbe pleine lune par la fenêtre : sans savoir pourquoi, je me mis à la regarder et cette vision me procura un certain apaisement, le sommeil se ré empara de moi et je ne fis plus de cauchemar cette nuit.

Cinq jours après les funérailles, il s’ensuivit une dispute entre okâsan et ses frères : comment pouvait elle accepter de docilement suivre la tradition ?
De devoir vendre les biens qu’elle possédait, quitter la région et trouver un couvent où elle entrerait comme nonne ? alors que je revenais du jardin des éclats de voix me parvinrent :
« Hors de question ! Je refuse de faire une chose pareille, je refuse tu m’entends ?! »
« Il faudra pourtant bien que tu acceptes de le faire, c’est ton devoir.  Qu’est ce qui t’inquiète tant ? »
« Un devoir ?! Un devoir dis tu Kenji ? Devoir renoncer à sa famille, à ses biens pour se consacrer exclusivement à la prière dans un couvent sans faire quelque chose d’utile ? C’est plus une condamnation ! »
« Que comptes tu faire alors ? »
« Rester ici et trouver un travail chez un marchand ou dans une taverne. Peu m’importe si je dois travailler dur et renoncer au statut que je possédais ! »
« Pourquoi agis tu de la sorte ? Que cherches tu à faire ? A attirer un peu plus l’attention sur notre famille avec tes excentricités ? » demanda Asako qui se mêla à la conversation.
« Bien sûr que non ! Je veux simplement pouvoir continuer à m’occuper de mon fils ! Je n’ai plus que lui ! »
« Tu sais que tu pourrais venir habiter chez nous et vendre tes biens, suggéra Akimoto. »
« Je te remercie mais je ne peux accepter. Je ne peux pas vous être trop redevables de plus votre réputation risquerait d’en pâtir. »
« Que tu es bornée Madoka ! Et quelle audace que celle de vouloir prendre un travail et d’agir librement ! »
« Que les kamis m’en soient témoins ! Mais il n’y a rien de déshonorant dans ce que je fais : ni pour vous, ni pour mon époux ou mon fils. Je m’efforcerais de lui offrir ce qu’une mère doit offrir à son enfant. »
Je ne comprenais plus rien à rien à ces conversations et je me mis à chercher mon cousin Shigéru pou trouver quelque chose à faire, n’importe quoi…
Une servante vînt nous chercher pour nous proposer d’aller faire les courses : il n’y avait plus de poisson et de riz.
Encore une semaine et nous nous retrouvâmes seuls à nouveau. Je ne savais pas grand chose de ce qui s’était passé mais ma tante Asako et mon oncle Kenji désapprouvaient le chemin que nous prenions et ne nous aideraient pas beaucoup. De temps en temps nous rendraient ils visite et nous enverraient de l’argent en cas de besoin.
Le soir, je promis à okâsan d’être courageux et de toujours l’aider. Elle ne dit rien mais son regard parlait pour elle : elle était fière d’avoir un enfant qui comprenait aussi vite.
C’était bel et bien terminé, nous devions nous rendre à l’évidence : à présent, okâsan et moi, nous ne pourrions plus compter que sur nous mêmes pour continuer à vivre. Eventuellement on pouvait penser à la famille, mais la solidarité n’était pas semble il une des principales qualités.

Déjà le mois de Juillet ! La chaleur devenait de plus en plus écrasante ; au moins à proximité de la forêt il faisait un peu plus doux. Les villageois et les prêtres commençaient à préparer la fête d’Obon, dédiée aux défunts.
Sans savoir pourquoi, cette fête m’intriguait et faisait remonter en moi de douloureux souvenirs.
Je me demandais si otôsan était vraiment en paix là où il se trouvait, si quand son âme reviendrait il trouverait facilement le chemin malgré les lanternes que nous déposerions à l’entrée de la maison…
Trop de questions pas de réponses, alors pour la première fois je quittais la maison pour aller au sanctuaire.  A ce moment, je ne pensais qu’aux réponses que  je pourrais trouver et aux kamis qui veillaient sur ce territoire depuis bien des années.
Le sanctuaire n'était qu'à un kilomètre de la maison tout droit à l'est du village ce qui avait pour avantage de ne pas pouvoir s'égarer.
Mon coeur battait la chamade quand je passai sous le torii gardé par deux lions de pierre. C'était la première fois que je venais seul ici, fort heureusement ma présence passa inaperçue. Il n'y avait qu'un prêtre occupé dans la salle principale et une miko qui semblait occupée à préparer les omikuji.
Que 35 sens! Serait ce suffisant pour que les kamis acceptent d'écouter ma prière?
Mais peut être que ce n'était pas l'argent qui serait important. Il y 'avait peut être autre chose.
Après m'être rincé les mains et la bouche, je me dirigeais vers la boite à offrandes dans laquelle je jetais les quatre pièces puis je saisis la corde pour sonner la cloche afin d'attirer l'attention des dieux.
"dieux du sanctuaire, j'espère que vous entendez mon appel. Savez vous si mon père a pu entrer dans le paradis de Bouddha? Malgré tous les combats qu'il a mené, ma mère m'a toujours dit que c'était quelqu'un de droit et de juste. Même si il a quitté ce monde, veillez sur lui comme sur ceux qui ont perdu la vie… Et pouvez vous demander à Kwannon Sama de nous venir en aide s'il vous plait? Je vous promets que ce n'est pas pour moi mais pour ma mère. Depuis ce qui s'est passé elle est si triste... Dieux tous puissants, je m'en remets à vous pour l'aider. Je vous en prie..."
Je finis par frapper dans mes mains et m'incliner en espérant que ce que j'avais fait marcherait.
-Voila qui est inhabituel, un enfant de ton âge qui prie.
La voix me surprit; non loin de moi, se tenait une vieille femme aux cheveux gris noués en chignon. Il me semblait l'avoir déjà vue lors de la cérémonie funéraire, elle s'appelait Nononbâ si je me souviens bien.
Elle s'approcha de moi à petits pas.
-Qu'est ce qui amène un si jeune enfant comme toi au sanctuaire? Et seul en plus. Ta mère doit être inquiète.
Je n'y avais pas pensé. Pourvu qu'elle ne me gronde pas! sans savoir pourquoi puisqu'elle était une parfaite inconnue, je lui expliquais mes craintes.
-Ah bon? j'espère pour toi que tu ne priais vraiment pas pour obtenir une faveur comme les mécréants sinon gare aux otoroshi*6 qui peuvent nous tomber dessus.
Mais je pense qu'ils te laisseront tranquille. Viens je te raccompagne, ajouta elle en posant sa main sur mon épaule.
Nononbâ m'expliqua en chemin que même si le corps changeait, une partie de l'âme restait avec ceux qu'elle avait connu et la plus grande partie était soit au paradis, soit aux enfers, selon nos actes.
Selon elle, otôsan était au paradis car il semblait être un homme bon. Que bientôt je m’habituerais au poids de ce morceau d’âme qui restait dans mon cœur et que ça me permettrait de grandir.
Elle me parla aussi des Kitsune, des Tengus…
Je ne pus m'empêcher d'être admiratif devant tout ce qu'elle connaissait. Avant de nous quitter je lâchais la question qui me brûlait les lèvres.
-Si tout ça existe, alors est ce que les yôkais existent aussi?
elle eût un petit rire en me disant qu'en effet ils existaient mais étaient invisibles. Et ce n'était pas parce qu'ils ne se montraient pas qu'on ne pouvait pas les percevoir.
En arrivant devant la porte de la maison, la tristesse qui s'était envolée revînt à nouveau. Malgré le sel répandu tout autour, l’encens qui brûlait systématiquement depuis trois jours, il régnait encore l’odeur de la mort.
La maison finirait elle par redevenir ce qu’elle avait été : un endroit réconfortant et convivial ?
La fête d’Obon fût l’occasion de revoir mon oncle Kenji  et sa femme venus pour un après midi ainsi que ma tante Asako qui nous laissa 50 yens avant de repartir le lendemain.
Nononbâ vînt également aux nouvelles et expliqua l’importance des tombes et des tablettes funéraires. Je commençais à bien l’aimer cette vieille dame…
Mais un des souvenirs qui me resterait en mémoire, c’est l’intensité de la lumière dans une des lanternes et la flamme haute vers le ciel J’y vis le signe qu’otôsan reposait réellement en paix dans l’autre monde et veillerait sur nous.
Quand je fis part de cela à okâsan elle eût un sourire amusé et me confia qu’en voyant cette lanterne, elle avait eu la même impression.
-Je suis sûre que nous arriverons à avoir de bonnes choses Toshitada chan, tu verras. Il faut y croire et vouloir aller de l’avant quoi qu’il arrive.
-Comme avoir des amis ? demandais je innocemment, car c’était quelque chose dont j’avais envie depuis longtemps.




Notes
* ocha mochis : mochi au thé vert (pâtisserie confectionnée avec de la pâte de riz) quant au dango, il s’agit de boulette de farine de riz cuites dans de l’eau chaude. On les consomme généralement par trois sur une brochette.
*1 selon le nombre de traits qui le composent, un nom peut être néfaste ou faste. C’est pourquoi autrefois on accordait un soin particulier à ce choix.
*2 il y a environ 10 000 kanjis au Japon et les écoliers les apprennent par paliers et année scolaire, d’où pour un enfant de 4 ans la difficulté à déchiffrer un nom.
*3 Dis maman, cet personne, qui était ce ? Que s’est il passé ?
*4 Il s’est passé quelque chose de très triste.
*5 Le daruma est une figurine en bois qu’on trouve dans les temples. Quand on fait un vœu, on peint un œil et quand le vœu s’est réalisé, on peint le second.
*6 Mourir… Qu’est ce que c’était exactement ? Je n’en savais strictement rien.
*7 Oui ça va. C’était un cauchemar, c’est tout.
*8 l’Otoroshi est un des yôkais les plus connus : ce sont les gardiens des temples, ils montent la garde près du portail et châtie les personnes irrespectueuses dans l’enceinte du temple.

Voilà pour le premier chapitre. J'espère que vous apprécierez.
Deux trois précisions: dans les dialogues en japonais, il y aura l'emploi du ton poli (pour les conversations avec des personnes externes) et le ton neutre (pour les proches et les amis)
Ensuite: j'ai cherché sur la page wiki japonaise du manga mais je n'ai pas trouvé comment ils écrivent le nom et le prénom j'ai donc cherché quelque chose qui s'en rapprocherait le plus possible dans mon dictionnaire de kanjis
Quel est votre avis sur ce premier chapitre?
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Maelyna
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MessageSujet: Re: Boku no furui seikatsu datta/ L'histoire de Zebuth    Dim 28 Juin - 21:18

Ah une histoire sur ton démon chouchou ^^ Intéressant et ça peut nous permettre d'en savoir plus sur ce personnage et mieux comprendre  son parcours jusqu'au titre de chef des mashôs d'Arkatakor.

Eh bien tu ne l'épargnes pas notre pauvre Zébuth, perdre son père si jeune et voir sa mère devoir se démener pour pouvoir élever son enfant seul. Tu retranscris bien l'univers du Japon féodal qui était décidément bien différent de celui d'aujourd'hui. On comprend mieux dans quel univers notre démon a grandit ^^ J'aime bien comment tu retranscris les coutumes de l'époque et comment tu introduit sa future relation amicale avec Kaede. Ça promet entre ces deux-là xd
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MessageSujet: Re: Boku no furui seikatsu datta/ L'histoire de Zebuth    Aujourd'hui à 15:18

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Boku no furui seikatsu datta/ L'histoire de Zebuth
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